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Dès le début du XXe siècle, les signaux de raréfaction des ressources halieutiques ont mis fin à l’idée qu’elles seraient inépuisables. La cause première de la surexploitation était bien identifiée — une capacité de capture supérieure au potentiel de renouvellement des stocks — mais sans consensus sur les moyens d’y remédier (le stock est la fraction pêchée d’une ou plusieurs populations d’une même espèce-cible). En 1946, à la conférence de Londres sur la surpêche, les pays de l’hémisphère nord sont parvenus à s’accorder sur la limitation du volume des prises (la quantité de poissons pêchés). En revanche, et c’est là un échec dont les séquelles sont encore sensibles, ils ne se sont pas accordés sur la régulation de la capacité de capture (les moyens de pêche — nombre de bateaux, équipements, etc. — toujours plus performants). En d’autres termes, un stock peut être exploité en encadrant les captures tout en déployant des flottes de pêche capables de prélever beaucoup plus que le potentiel de production du stock. Dans ces conditions, si les droits de pêche ne sont pas clairement définis, et si au surplus le contrôle du volume des captures est inefficace, voire absent, la concurrence entre exploitants — la « course au poisson » — incite chacun à augmenter sa capacité (qu’il faudra rentabiliser) afin de pêcher le poisson avant que quelqu’un d’autre le fasse. En l’absence de mécanismes de régulation, la création de surcapacité et la surexploitation des ressources ont aggravé leur raréfaction, exacerbant par rétroaction la concurrence…
Aujourd’hui, la FAO estime à 31% la part des stocks mondiaux surexploités en 2013, contre 10 % en 1974. La hausse continue depuis 1960 de l’effort de pêche de la flotte mondiale (la mise en œuvre opérationnelle de sa capacité) est inégalement soutenue par les pêcheries des pays développés et des PED. Depuis les années 70, la hausse de l’effort et des captures des PED— d’Asie au premier chef— va de pair avec une baisse de rendement (en termes de prises par unité d’effort). Les pays développés, qui avaient accru leur effort dès les années 50, l’ont diminué de près de moitié depuis 1990 et ont stoppé depuis vingt ans la chute du rendement de leurs flottes.
En 2012, le volume total des prises des PED était 2,4 fois plus élevé que celui des pays développés, dont les flottes avaient un rendement moyen trois fois supérieur. Il faut ici souligner que l’évolution de la politique environnementale de la Chine— 1er pays pêcheur devant l’Indonésie, l’Union européenne, les USA et l’Inde— inclut un ambitieux plan quinquennal (2016-2020) de restauration des stocks et de protection des écosystèmes dans sa zone économique exclusive.
Les impacts de la pêche sur la biodiversité vont bien au-delà de l’érosion des populations d’espèces- cibles :
- Ils atteignent une multitude d’organismes capturés et rejetés à la mer ; par-delà les prises accidentelles d’animaux emblématiques (oiseaux, petits cétacés, …), la biomasse globale des prises rejetées équivaudrait au dixième de celle des captures mondiales.
- Des décennies de raclage répété des habitats sédimentaires par les chaluts et les dragues, comme en Atlantique nord-est, ont abouti à altérer les communautés benthiques jusqu’aux grands fonds, en particulier à endommager l’épifaune sessile (massifs d’éponges, coraux d’eaux froides, etc.).
- La pêche modifie les interactions entre espèces, notamment en déclenchant des renversements de dominance entre les prédateurs et leurs proies (« cascades trophiques ») : ainsi, en une vingtaine d’années de pêche non-sélective en mer de Chine orientale, les grands poissons prédateurs ont été éradiqués et ce sont dorénavant leurs proies qui sont exploitées — une abondance de poissons de petite taille et de productivité élevée.
- En ciblant sélectivement les poissons qui dépassent la taille commerciale (ceux qui se sont déjà reproduit), la pêche tronque la pyramide d’âges des stocks — amputation qui amplifie leurs fluctuations d’abondance — et ajoute à la sélection naturelle (darwinienne) une sélection dirigée « non-naturelle » de poissons qui se reproduisent à une taille plus petite et à un âge plus précoce.
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